Quel avenir pour Saint Philibert ?

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Où en est le projet de restauration et de mise en valeur de la seule église de style roman à Dijon ?

Cette église, ancienne paroisse des vignerons, présente un intérêt aussi bien architectural qu’historique :

Côté architecture, elle est en grande partie romane, plus exactement de style roman bourguignon. (voir descriptif en bas de l’article).

Son histoire est liée à la municipalité de Dijon :
C’est devant son porche au moyen âge, puis à partir du 16ème sous son narthex qu’avait lieu l’investiture du Maire de Dijon et de ses Echevins. Les assemblées communales s’y tenaient, et c’est là qu’en 1187, la ville reçut la charte communale concédée par le duc Hugues III.

Toutefois ce lien avec les vignerons et la vie communale ne l’a pas protégée des aléas de l’histoire et ses effets sur la pérennité et la sauvegarde de cette église.

Remonter le temps pour mieux comprendre la situation

Sous la Révolution, comme les nombreuses églises de Dijon, Saint Philibert fut désaffectée. Ainsi, en 1795, l’église servit d’écurie aux chevaux de la garnison en stationnement à Dijon. Cette destination ne fut pas des plus salutaire pour l’édifice, puisque son sous sol fut imprégné de l’urine des chevaux, et sera à l’origine de remontées d’ammoniaque.

Afin d’élargir la ruelle des vieilles étuves, son abside et ses absidioles seront rasées par la ville en 1825, seul un marquage au sol de la rue en rappelle le souvenir.

Pour la sauvegarde de l’édifice, le pire restait à venir

Dans un premier temps, lors de la seconde guerre mondiale, on prit la décision désastreuse d’entreposer du sel sous sa nef, ce qui ne sera pas sans conséquence pour les pierres des piliers qui commencèrent à se désagréger au contact du sel, lequel s’infiltra également dans le sol.

Classée Monument historique en 1913, et propriété de la ville depuis 1920, il fut décidé de la restaurer à partir de 1972 pour en faire un lieu d’exposition.
Cette restauration, qui dura de 1972 à 1975, ne fut pas des plus bénéfique et s’avéra être le deuxième temps qui compromit la sauvegarde de l’édifice.
Dans le cadre de cette restauration, le sol fut couvert d’une dalle de béton dans lequel fut insérée un chauffage électrique. Puis, sur ce sol en béton, un dallage de pierre fut posé. Cette installation, inaugurée en 1975, provoqua la remontée d’humidité chargée de sel dans les piliers qui fit éclater la pierre.

Dès 1979, soit 4 ans après les travaux, la dégradation était si préoccupante et rendait la situation dangereuse que la fermeture de Saint Philibert fut décidée. A nouveau, en urgence des travaux furent entrepris qui consistaient en l’étaiement de plusieurs parties du monument, et la destruction de la dalle de pierre et de béton.

Les dégâts s’aggravent puisque récemment, même les puissants massifs de maçonnerie du narthex ont dû être consolidés par un cerclage (photo d’en tête de l’article).

Aujourd’hui, l’église est dans l’attente d’une restauration fondamentale…mais qui s’avère très compliquée au vu des origines du problème. Néanmoins, n’y a-t-il pas urgence à agir….?

Descriptif de Saint Philibert

Ancienne chapelle des novices de Saint Bénigne, l’église reçoit le vocable de Saint Philibert, quand elle devient paroissiale.

La date exacte de construction de l’édifice actuelle n’est pas précisément connue. On sait qu’il succède à une précédente église détruite lors de l’incendie de Dijon en 1137, et que cette reconstruction, vers 1150, se fait dans le style roman bourguignon, développé par l’école de Cluny.
A l’intérieur en témoignent les chapiteaux des pilastres, mais aussi le magnifique portail sud. Ce portail à trois voussures est l’un des plus beaux exemples du « roman fleuri » par la manière élégante et énergique de traiter les feuillages, les acanthes et les trous d’ombre. Autrefois sur son tympan était peint un Christ en croix avec de part et d’autre la Vierge, saint Jean, saint Bénigne.

L’élément remarquable est le clocher octogonal avec sa tourelle d’escalier et sa flèche en pierre de style gothique flamboyant agrémenté de crochets. Cette flèche ajoutée en 1513 est en dialogue avec celle de Saint Bénigne.

La façade principale est typiquement bourguignonne par l’adjonction tardive au 16ème siècle d’un narthex (portique élevé en avant de la nef), comme on peut en voir à Notre Dame de Dijon, à la basilique Notre Dame de Beaune, ou encore à Vézelay.

Les chapelles côté nord de la nef sont du 18ème siècle et celle du nord du transept est du 16ème siècle.

L’intérieur, comme mentionné précédemment présente de magnifiques chapiteaux sculptés de feuilles, lisses ou stylisées. On notera sur l’un d’eux, la présence d’un chevalier.

La nef centrale comporte cinq travées couvertes de voûtes d’arêtes et d’arc doubleaux avec pilastres. Ces travées communiquent avec les collatéraux voûtés eux aussi d’arêtes.

Au bout de cette nef, à la croisée du transept, on peut voir une belle réalisation architecturale : une coupole octogonale sur trompe. Privé d’abside détruite en 1825 avec les absidioles, la grande arcade qui suit cette coupole est bouchée par un mur de clôture.