Un promoteur immobilier à l’assaut du rempart Tivoli

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Pilier Porte St Pierre angle rue de Tivoli et rue Chabot Charny

Dijon à la différence de Beaune, ne conserve pas la totalité de son enceinte fortifiée.

Néanmoins, nous pouvons voir encore de très beaux vestiges des remparts qui défendaient la ville jusqu’au 17ème siècle avant la conquête de la Franche Comté par Louis XIV (lire l’historique en fin d’article) et protégés par la loi patrimoine du 07 juillet 2016.

Le rempart Tivoli, situé dans la rue du même nom à Dijon, est au cœur d’une opération immobilière. Malgré le fait qu’il soit classé Monument historique, il est donc menacé de graves atteintes, voire de destruction partielle.

C’est un article du quotidien dijonnais, Le Bien Public, en date du 08 janvier 2021, qui a révélé le problème. Un riverain a réussi a faire annuler par le Conseil d’Etat un jugement de la Cour d’appel ayant validé ce projet immobilier au cœur du secteur sauvegardé.

Encore une fois, nous sommes surpris de la passivité de la DRAC Bourgogne Franche Comté dans ce dossier et sur son action (ou apparemment son inaction) pour le respect de la loi Patrimoine du 07 juillet 2016.

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Rempart Tivoli

D’après cet article, le promoteur affirme avoir travaillé avec l’Architecte des Bâtiments de France pour une mise en valeur du mur historique. Or, le rapporteur public du Conseil d’Etat n’a pas la même appréciation. En effet, il stipule que le projet va s’appuyer en façade, à l’aplomb de la rue de Tivoli, sur l’ancien mur d’enceinte du 16ème siècle protégé par la Législation sur les Monuments Historiques, ce qui va entrainer la destruction de ce mur sur près de 10 mètres linéaires ainsi que sur 5 mètres de hauteur.

Or la loi à ce sujet est claire (art L 621-9 – art L 631-1 – art L632-1 et art L632-2), toute intervention sur les Monuments Historiques est soumise à approbation de l’Architecte des Bâtiment de France, dans l’intérêt du Monument, de sa conservation et de sa mise en valeur.

Si le Conseil d’Etat a stoppé le projet immobilier, elle ne l’a pas annulé pour autant, puisque l’affaire est renvoyée devant la Cour d’Appel de Lyon, et donc le Monument Historique est toujours menacé de destruction partielle.

Nous avons donc à nouveau, comme pour l’Hôtel Filsjean de Mimande (devenu Cour Bareuzai) interpellé et demandé des explications. Cette demande étant récente, nous attendons une réponse.

Aménagement en haut du mur au 18ème ouvrant sur la promenade des remparts

Comme le rappelle cet article, ce mur fait partie intégrante du secteur sauvegardé , (ou PSMV Plan de Sauvegarde Mise en Valeur) de Dijon, mais aussi du Vieux Dijon, classé Patrimoine mondial de l’Humanité dans le cadre des Climats de Bourgogne, et donc soumis au respect de la convention de 1972 de l’UNESCO. Nous avons donc signalé à l’UNESCO, cette nouvelle attaque au patrimoine classé et le non respect de sa Convention.
Ce signalement étant récent, nous ne manquerons pas de vous tenir informé de la suite que l’UNESCO donnera à ce signalement.

Histoire des fortifications de Dijon et du « rempart Tivoli »

Le rempart Tivoli faisait partie des fortifications et du système défensif de Dijon.
Ce système défensif trouve son origine avec le Castrum.


A la fin du 3ème siècle, la cité gallo romaine Divio est saccagée par les premières invasions barbares.Pour se protéger, les habitants construisent une étroite enceinte fortifiée constituée de pierres arrachées aux monuments alentours. Le Castrum de Divio est constitué de 33 tours (dont l’une, la tour du petit Saint Bénigne est encore visible), de 2 portes et de 2 portelles.
La muraille fait 9 mètres de hauteur et 4,5 mètres de largeur. La cité forteresse est suffisamment solide pour résister à toutes les invasions suivantes.

Petit St Bénigne sur fondation du 3ème siècle et du 9ème pour la partie haute

Aprés l’an 1000, la ville se développe et déborde donc à l’extérieur du Castrum, ce dernier ne servant que de refuge et de repli en cas de danger.
Devant ce regain démographique, les Ducs de Bourgogne décident l’édification d’une nouvelle enceinte plus grande qui incorpore la totalité des faubourgs non protégés par le Castrum.
Cette nouvelle enceinte dont fera partie le rempart Tivoli protégera la ville jusqu’à la conquête définitive de la Franche Comté en 1678, et servira à contenir l’essentiel de la vie urbaine jusqu’à la fin du 18ème siècle.

Plan de l’enceinte fortifiée au 16ème siècle

D’une surface de 97 hectares, cette muraille avait une hauteur de 10 métres pour une largeur de 5 à 6 mètres. Elle comportait 18 tours, 11 portes et portelles. De nombreux pans de cette muraille sont encore visibles, dont le rempart Tivoli, le rempart Berlier ou encore le Bastion de Guise sont les éléments les plus marquants. Il faut ajouter à ces trois éléments, celui de la rue Diderot qui lors de la Construction de l’Hôtel Chartraire de Montigny, dans la seconde moitié du 18ème siècle, a fait l’objet d’un aménagement classique avec pilastres, colonnes et balustrade.

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Mur de clôture jardin hôtel Chartraire de Montigny

Mais entre la mort du Duc Charles le Téméraire en 1477, et la conquête de la Franche Comté, Dijon étant devenue ville frontière, l’enceinte connaîtra de nombreuses modifications dont le but sera :

  • soit de surveiller d’éventuelles révoltes de la ville contre le Roi de France, avec l’édification par Louis XI du Château Fort,
  • soit après le siège des Suisses en 1513, de renforcer le système défensif de Dijon par le dégagement et la consolidation des remparts, l’édification de bastions comme celui de Guise, et l’abaissement des tours afin d’offrir moins de prise à l’artillerie.

C’est sous le règne de Louis XIII, lors de la Guerre de 30 ans, que seront réalisées les dernières modifications sur ces remparts.
En 1636, devant l’approche de l’armée impériale, le système défensif prend une configuration à la Vauban.

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Bastion de Guise

En 1678, comme énoncé précédemment, le rattachement de la Franche Comté au royaume rend les fortifications inutiles. Comme Paris, la ville sera débastionnée.
Une partie de ces fortifications est soit détruite, soit aménagée en promenade, ou comme l’on l’a vu précédemment, intégré dans les jardins ou murs de clôture d’hôtel particuliers.
Le rempart Tivoli sera intégré dans le mur de clôture des jardins d’hôtels particuliers, notamment celui de l’hôtel Caristie. On peut voir en hauteur une porte aménagée au 18ème siècle qui permettait aux propriètaires d’hôtels particuliers d’avoir un accès privilégié sur la promenade du rempart.

Ainsi le rempart Tivoli est un élément patrimonial et historique plein d’intérêt qui se doit d’être protégé, sauvegardé et respecté.