Bouchu d’Esterno : l’histoire glorieuse de Dijon effacée pour accueillir l’OIV

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En 1638, Jean Bouchu devient Président par intérim du Parlement de Bourgogne, avant d’être titularisé dans cette fonction de 1644 à 1654.

Demeurant déjà en 1640 derrière l’Eglise St Jean, Jean Bouchu achète en 1641 le vieil Hôtel de Molesme contigu à son habitation.

Devenu un personnage puissant et influent, il souhaite que sa demeure soit le reflet de son rang et fait donc raser le vieil hôtel de Molesme, du 15ème siècle, ne conservant que les sous sols. Ce sont ces sous sols, encore visibles dans leur état d’origine, il y a peu de temps, qui sont vont être détruits dans le projet de construction d’ un amphithéâtre de 100 places.

Plus que le faste, c’est son architecture 17ème qui rend cet hôtel très particulier et atypique à Dijon.

Longtemps considéré comme l’oeuvre de l’architecte Pierre Lemuet, de récentes études -dont celle de Claude Mignot- ont remis en cause cette attribution. La spécificité de cet hôtel ne s’en trouve pas amoindrie puisqu’il est l’application des principes et théories développés par Pierre Lemuet dans son ouvrage « La manière de bien bastir pour toutes sortes de personnes » paru en 1623. Cet ouvrage était considéré, à l’époque, comme une référence dans la formation des architectes. Mais entre 1623 et 1641, date du début de la construction de cet hôtel, le style de Lemuet a évolué : les bossages, le système par travées sont à l’opposé du style épuré aux surfaces lisses et nues des hôtels que Lemuet bâtit à Paris dans les années 1640. Cette évolution du style de Lemuet s’apparente à son confrère Mansart et annonce le classicisme de Louis XIV.

Néanmoins l’architecture très caractéristique du style Louis XIII évoqué dans l’ouvrage de Lemuet ne passe pas pour être démodé à Dijon et est encore, en 1641, empreint d’une grande modernité, c’est le style de l’hôtel Bouchu qui aurait été construit par le maitre maçon Jean Braconnier.

L’importance, la régularité et la profondeur de la parcelle ont permis de construire un hôtel avec un plan en H, inédit à Dijon à cette époque :

  • Du côté de la cour d’honneur, le corps de logis est encadré de deux pavillons en retour que prolongent des ailes basses formant terrasses.
  • Côté jardin, le corps de logis est aussi encadré de deux ailes auxquelles s’accrochent deux petits pavillons plus étroits, ce qui est une disposition exceptionnelle à Dijon.

Achevé en 1643 sur les fondations d’un vieil hôtel de l’époque ducale, l’hôtel du Président Bouchu reflète bien le rang qu’il veut tenir dans la ville.

Par la répartition et la variété de ses volumes, l’hôtel Bouchu est une création qui fit date et sensation à Dijon.

Hôtel Bouchu d’Esterno au début du 20ème siècle (état initial du mur avec les pot-à-feu

Des intérieurs à la hauteur du prestige de la demeure.

Pour accèder aux appartements du rez de chaussée surélevé, il faut gravir un escalier en fer à cheval au centre de la façade. L’entrée déssert un vestibule entre deux salons de réception qui se partagent le corps de logis.

La disposition des pièces de forme rectangulaire se répéte d’un étage à l’autre et sur le principe de l’enfilade.

Le corps de logis est destiné aux pièces de réception dont les dessus de portes sont ornés de peintures. Le salon de gauche avec ses 80 métres carrés donne un aperçu du décor 17ème de l’hôtel, même si ses boiseries ne seraient pas d’origine.

Poutres, solives et entrevous sont décorés de motifs d’arabesques et de cartouches peints et ornés de petites toupies ou de fleurons en bois doré. De petits paysages alternent avec des têtes d’angelots accompagnées de fleurs et de fruits.

La belle cheminée d’époque en marbre noir mouluré est réduite à un chambranle peu saillant supporté par des jambages. Cette innovation est due à Lemuet qui eut l’idée de ménager les conduits de fumée dans l’épaisseur des murs.

Le petit salon, à droite, a conservé de très beaux plafonds décorés sur le même principe ; les ornements sont plus inspirés des mascarons de la renaissance, avec de petites têtes sur draperies.

Ce salon ouvre sur une pièce utilisée comme salle à manger. Son décor attribué au décorateur dijonnais Jérome Marlet est de la fin du XVIIIème siècle. Il est inspiré de l’époque antique et plus particulièrement du style pompéien avec des motifs en trompe l’oeil sur des panneaux de couleurs acidulées.

Les appartements privés (chambre, cabinet, garde-robe) semblent être disposés dans les ailes du côté jardin.

Les combles abritaient la domesticité, alors que le sous sol semi enterré et voûté était réservé aux services de bouche, cuisine office, cave à vins, puits.

Cette distribution ordonnée mais classique, les beaux volumes, les nombreux appartements, les circulations rationnelles font de cet hôtel une résidence exceptionnelle pour un premier président au Parlement nouvellement élu.

En 1740, la famille Bouchu vend son Hôtel à Guy de Chartraire, qui ne le gardera que 30 ans. Il sera revendu en 1781 aux frères Richard. C’est eux, qui en 1785 font modifier le portail sur rue avec putti et colonnes doriques jumelées.

Mur de clôture 1781 avant et après restauration incomplète (manque pots-à-feu)

Passé par mariage à la famille d’Esterno d’ou le nom de Bouchu d’Esterno qui est donné à l’hôtel, il est vendu en 1884 à la ville de Dijon, qui en est toujours propriétaire.

En 1929, la façade sur jardin est altérée par un passage couvert et un salon d’hiver. A l’intérieur, des cloisons sont posées mais les beaux plafonds à poutres et solives peints du 17ème siècle sont conservés.

L’hôtel de 1929 à nos jours accueillera diverses institutions ou administrations avant qu’il soit décidé de l’affecter au siège de l’OIV.

L’Organisation Internationale du Vin

Créé en 1924 par six Etats pour faire face à la crise viticole internationale, cette organisation intergouvernementale à caractère scientifique et technique dans le domaine de la vigne et du vin compte aujourd’hui 48 états membres issus des 5 continents.

En 2019, l’OIV est dans l’obligation de quitter son siège d’origine à Paris du 18 rue d’Aguesseau et de déménager au 35 rue Monceau dans des locaux peu adaptés à ses activités, notamment pour organiser des réceptions, des manifestations scientifiques et culturelles et accueillir des délégations ministérielles ou professionnelles.

En décembre 2020, les services de l’état se sont faits le relais de cette demande de recherche d’un nouveau siège. La ville de Dijon par lettre en date du 18 février 2021 a fait acte de candidature auprès de la présidence de l’OIV, en proposant l’hôtel particulier Bouchu d’Esterno situé 1-3 rue Monge comme futur siège de l’Organisation.

Candidate avec Bordeaux et Reims, Dijon reçoit le 10 septembre 2021, le Secrétaire d’Etat chargé du Tourisme Jean Baptiste Lemoyne et une délégation de 80 personnes représentant l’OIV dans le cadre d’une visite du monument historique.

Le 25 octobre 2021, après un fort lobbying de la ville de Dijon auprès de l’OIV, l’Assemblée Générale des 48 états membres de l’OIV votent à l’unanimité leur installation à Dijon.

Auparavant il a été convenu que l’OIV n’aura rien à payer, cette installation à Dijon dans l’Hôtel Bouchu d’Esterno étant financé entièrement par la ville (et donc ses habitants puisque même après encaissement des loyers l’adjoint aux finances François Deseille reconnaît que le coût annuel au budget de la ville serait de 58.000 € à compter de septembre 2024).

Un permis de construire est déposé le 5 août 2022 par la ville de Dijon pour la réhabilitation complète de l’Hôtel Bouchu d’Esterno et de la crêche attenante avec la création de 193 m2. Ce permis est validé par le Préfet de la Côte d’Or le 26 octobre 2022.

Le planning prévisionnel prévoit, après une réception des travaux en juillet 2024, une installation par la mise à bail dès septembre 2024.

Le montant total de l’opération est chiffré à 11.500.000 € (montant arrondi) et serait financé par des subventions d’équipement, la récupération de la TVA (via le fonds de compensation de la TVA) et par le budget général de la Ville de Dijon (autofinancement et le cas échéant, un emprunt).

Mais le montant de 11,5 millions € est vite jugé insuffisant et lors du Conseil municipal du 19 juin 2023, il est voté une importante augmentation de l’enveloppe budgétaire. Cette augmentation de 50% soit 5,8 millions € fait passer la dépense budgétée de 11, 5 millions € à 17,3 millions €.

François Deseille adjoint aux finances de la Ville de Dijon justifie l’augmentation du coût des travaux par la conjoncture inflationiste, la complexité du chantier et l’ajout de travaux supplémentaires au programme initial. Par l’ajout de travaux supplémentaires il est précisé le remplacement intégral des menuiseries, l’installation d’un chauffage par géothermie profonde ou encore….la création d’un amphithéatre dans le sous sol du bâtiment pouvant accueillir une centaine de personnes,

Ces arguments sont fortement discutables :

  • Depuis septembre 2021, l’inflation en France -notamment sur les matériaux de construction- si elle est importante, n’est pas de 50 % et il est bon de rappeler que la somme de 11,5 millions € ne consiste pas uniquement au chiffrage de ces matériaux.
  • Sur les documents en date de juillet 2022 -soit un an avant cette augmentation de 50%- il est déjà évoqué un amphithéâtre de 100 places et un chauffage par géothermie.

C’est pourquoi ces annonces ont fait réagir les différents groupes d’opposition surpris par cette forte hausse des dépenses.

Projet façade jardin avec amphithéâtre semi enterré

De même, l’élu d’opposition Emmanuel Bichot, face à l’empressement de la Mairie de réaliser ces travaux, n’a pas hésité à affirmer que « les délais ne sont pas compatibles avec la restauration d’un monument historique dans de bonnes conditions ». L’adjoint au Maire délégué à l’urbanisme et au secteur sauvegardé, Pierre Pribetich reconnait que « le repositionnement de la grande salle de réunion en amphithéâtre dans le sous-sol du bâtiment nécessite le confortement de la structure » et justifie le surcoût par la contrainte de calendrier pour le centenaire de l’OIV et donc une cadence soutenue des entreprises pour respecter l’échéance de juillet 2024.

Une réelle restauration de l’édifice hélas chèrement payée sur le plan patrimonial et historique

Il est ainsi prévu au travers des travaux engagés de restaurer l’ensemble des façades et les intérieurs de cet édifice classé monument historique depuis 1928.

Cette restauration des façades ne se limite pas à un simple ravalement, elle consiste en une reprise des maçonneries (pierre de parement) des enduits, et si besoin des joints.

Avec les façades, le jardin et la cour font l’objet d’intervention.

Le réaménagement de la cour d’honneur prévoit notamment la suppression de zones de pavés en granit et du sablé rouge pour les remplacer par un pavage sur chant, afin de dessiner un tapis analogue à celui représenté sur la gravure de Palliot. Les zones de pavage latérales et avant, de bonne facture et d’intérêt patrimonial, sont conservées.

L’hôtel Bouchu d’Esterno au 17ème siècle (gravure de Pierre Palliot)

Quant à l’escalier donnant accès à la terrasse sur cette cour et aux salons de réceptions du RDC, il est prévu la dépose /repose des garde-corps et le remplacement complet des marches en pierres non gélives. Le béton du sol du perron sera remplacé par des dalles de pierres massives après la mise en œuvre d’une étanchéité de ce perron.

S’il ressort de l’examen des documents du cabinet d’architecture qu’un véritable soin serait apporté à la restauration et la mise en valeur des façades de l’Hôtel, il s’avère qu’il en serait de même des toitures.

La charpente fera l’objet d’une révision et d’intervention ciblée sur les pièces défaillantes soit en chêne ou en sapin. La toiture en ardoise sera vérifiée et reprise si besoin tout en tenant compte de certains paramètres physiques des matériaux.

Avec la reprise des faîtages, chéneaux, gouttières et descentes, des épis de faîtages d’une hauteur de 1,6m seront réalisés en cuivre conformément aux originaux aujourd’hui conservés au Musée Archéologique de Dijon, et positionnés sur sa toiture afin de rendre à l’Hôtel Bouchu d’Esterno son ancienne silhouette.

Pour le mur de clôture séparant l’Hôtel de la rue Monge, le rétablissement des pots à feu afin de lui rendre son aspect de 1781, date de son édification par les frères Richard, n’est pas mentionné et donc envisagé. C’est fortement regrettable et ce fait ne cadre pas avec l’attention portée aux façades et toitures. Seuls le mur et les colonnes fortement abimées à leurs bases, auraient le même traitement que celui des façades. Les putti feront l’objet d’une restauration sans plus de précision. Le portail sera repris avec le remplacement des traverses basses fortement abimées faute d’entretien par la ville de Dijon ces dernières années. La teinte définitive du portail ne serait encore déterminée : les tons rouges, verts ou bleus sont évoqués.

Si les extérieurs de l’Hôtel semblent faire l’objet d’une restauration sérieuse, documentée, respectueuse du monument et donc valorisante, ce n’est hélas pas le cas pour les intérieurs.

Certes pour les décors des plafonds il est évoqué un dépoussiérage et nettoyage de la couche picturale. Et suivant le résultat de ce traitement une harmonisation des repeints gênants serait faite a l’aide d’un glacis ponctuel.

Pour les lambris, une attention et un soin tout aussi particulier serait pris pour leur conservation et leur restauration pour leur rendre leur éclat d’origine.

Tout irait pour le mieux et cette restauration pourrait sembler augurer une réussite si il n’était question d’éventrer le sol du rez de chaussée de ce monument historique. Ce geste porte atteinte aux sous sols classés et d’un réel intérêt historique pour le bâtiment au vu du passé ducal et parlementaire de Dijon. Il est utile de rappeler deux points qui ont toute leur importance :

  • L’hotel Bouchu est construit sur les fondations et donc les sous sols du vieil hôtel de Molesme. Cet hôtel de Molesme était un édifice de la période ducale de Dijon.
  • Le rôle des parlementaires dans la vie politique, artistique et économique du Dijon de l’Ancien Régime était primordiale. Ces parlementaires avaient tous des vignes aux abords de Dijon et traitaient leur récolte dans leur hôtel. La grande majorité de ces hôtels possédaient pressoirs et chais. Ces parlementaires ont donc joué un rôle important dans le passé viticole de Dijon et de la Bourgogne.

Si les pressoirs n’étaient pas installés dans les sous sols de l’Hôtel Bouchu, ils étaient présents dans l’enceinte de cette demeure. Les sous sols de l’hôtel étant un témoignage du mode de vie de ces parlementaires, leur classement et donc leur protection est des plus justifiés et légitimes.

Les détruire ou les saccager est une atteinte patrimoniale. Ce fait est signalé par la DRAC dans son autorisation en date du 14 octobre 2022 pour les travaux à l’Hôtel Bouchu. La Conservatrice Régionale des monuments historiques énonce « la démolition des circulations du niveau d’office semi enterré porte atteinte à la compréhension du fonctionnement de l’hôtel particulier au XVIIème siècle ».

La complicité de la DRAC dans la destruction du patrimoine de Dijon ?

Il est étonnant que la DRAC informée de ces atteintes patrimoniales ne soit pas plus réactive, voire cautionne et autorise ces atteintes alors qu’elle est en charge de la protection et de la conservation du patrimoine par délégation du Ministère de la Culture pour la Bourgogne.

Dans l’annexe 2 de l’arrêté n° 2022/411 du 4 juillet 2022 qui fait état du cahier des charges scientifiques de la fouille archéologique sis à l’hôtel Bouchu, il est fait mention à la page 1 « Il est prévu un abaissement du sol de certaines des caves et entresols…. » puis «  la démolition d’une maçonnerie datée du 16ème siècle ».

Sous-sol historique de l’hôtel Bouchu d’Esterno (couloir) avant destruction des sols

La loi patrimoine (art L621-9, art L621-16 et art L 621-30) donne pouvoir et compétence à la DRAC et à son Architecte des Bâtiments de France (ABF) pour assurer le respect de ce classement et de cette protection. Pour rappel l’ABF est fonctionnaire du Ministère de la Culture, tout comme les employés de la DRAC Bourgogne Franche-Comté, leur rôle dans la protection, conservation du patrimoine est donc essentiel.

Enfin, il ne faut pas oublier que l’hôtel Bouchu se situe dans le secteur sauvegardé de Dijon créé par arrêté ministériel du 19 avril 1966 et issu de la loi 62-903 dite loi Malraux du 04 août 1962 et confirmé par la loi 76-1285 du 31 décembre 1976 qui a modifié les secteurs sauvegardés en PSMV (Périmètre de Sauvegarde et de Mise en Valeur de ces secteurs sauvegardés).

A l’article 2 de la loi Malraux, il est clairement énoncé «  que l’autorisation (de travaux) ne peut être délivrée que si les travaux sont compatibles avec le plan de sauvegarde et de mise en valeur ».

La loi de 2004 sur le patrimoine traite aussi des secteurs sauvegardés notamment avec l’art 641-1 qui renvoie à différents articles du code de l’urbanisme. Ainsi :

  • l’art L313-1 de ce Code de l’Urbanisme énonce que « la démolition, l’enlèvement ou l’altération d’immeuble classé serait interdit » ou que « la modification de ces immeubles serait soumise à des conditions spéciales ».
  • L’art L313-2 du même code énonce que tous travaux « ayant pour effet de modifier l’état des immeubles est soumis à autorisation » et que « cette autorisation ne peut être délivrée que si les travaux sont compatibles avec le plan de sauvegarde ».

D’où notre interrogation : pourquoi la DRAC, qui reconnaît l’atteinte patrimoniale dans le saccage des sous sols, a t-elle autorisé :

  • que le sol du RDC soit éventré et qu’un escalier moderne y soit construit ?
  • qu’un auditorium soit construit ?
Sous-sol historique de l’hôtel Bouchu d’Esterno (cuisine et four) avant destruction des sols

Une municipalité au comportement de république bananière ?

Lors du Conseil Municipal du 19 juin 2023, l’élu Emmanuel Bichot du groupe « Agir pour Dijon », a interpellé le maire sur le saccage d’éléments patrimoniaux historique et le fait que cet hôtel fasse partie du centre ancien de Dijon classé UNESCO.

Aucune suite aux observations pertinentes de cet élu ne sera donnée par le Maire de Dijon qui préférera botter en touche. Afin peut être de cacher son embarras sur le sujet… ou étouffer le problème ?

Il est tout aussi étonnant que les politiques locaux, que ce soit au niveau de la circonscription, du département ou de la région ne s’émeuvent pas plus de cette situation. Compromis de basse politique locale, de petits arrangements entre soi ? Que faut il en penser ?

Car l’autre élément à charge dans ce saccage du patrimoine est que l’Hôtel Bouchu fait partie du secteur classé Patrimoine UNESCO dans le cadre du classement des Climats de Bourgogne.

A ce titre, il est donc protégé par la Convention de 1972, dont la France est signataire et donc adhérente. Cette convention est allègrement piétinée par la ville de Dijon, sans que la France, le Ministère de la Culture, pourtant maintes fois alertés, ne s’en émeuvent. Nous avons, depuis 2021, communiqué sur ce non respect de cette Convention UNESCO par les autorités municipales dijonnaises .

L’UNESCO demande depuis novembre 2020 des explications à la France sur les différentes atteintes faites à ce patrimoine classé : hôtel Filsjean de Mimande éventré pour être transformé » en centre commercial, Palais des Ducs de Bourgogne défiguré par des ajouts modernes, construction d’un building moderne avec illusion de décor moyenâgeux dénommé Centre Dauphine en plein centre ancien de la Cité des Ducs. Désormais, c’est au tour de cet hôtel particulier.

Conclusion

La construction de cet amphithéatre à Bouchu d’Esterno, à proximité du théatre des Feuillants et de la CIGV (Cité Internationale de la Gastronomie et du VIN) serait donc le fait du prince maire de Dijon avec pour conséquence le saccage d’un fleuron du patrimoine dijonnais pour un budget exorbitant de 17 millions €.

Il y a 2 ans, en 2022, était achevée et inaugurée la Cité de la Gastronomie et du Vin qui a coûté 40 millions € et qui aurait pu accueillir en toute logique l’Office International du Vin.

Cette installation de l’OIV au sein de la CIGV aurait dynamisé ce site soi disant dévolu à la gastronomie et au vin avec la possibilité d’accueillir des conférences sans surcoût de 50 % comme à Bouchu d’Esterno.

En vérité, comme nous l’avons démontré dans notre article sur la CIGV, sous prétexte de créer un lieu touristique et culturel dédié a la gastronomie et au vin, la Cité de la Gastronomie et du Vin n’a été qu’un prétexte pour un programme immobilier auquel a été adjoint un centre commercial de luxe avec hôtel 4 étoiles et complexe cinématographique.

Hôtel Bouchu d’Esterno (coté jardin avec destruction des vestiges archéologiques)

Le saccage de l’hôtel Bouchu pour y installer l’OIV est à mettre en relation avec cette opération immobilière de la CIGV et démontre bien que cette Cité de la Gastronomie et du Vin n’est qu’une coquille vide.

Il est choquant que Dijon, la capitale des Ducs de Bourgogne et des Princes de Condé, ne communique sur le plan culturel et touristique que sur la gastronomie et le vin. En agissant ainsi, la municipalité dijonnaise passe sous un total silence l’histoire prestigieuse de Dijon sous les Ducs et les Princes. Ce sont pourtant les Ducs Capétiens puis Valois et les Princes de Condé qui ont façonné Dijon et lui ont donné une très grande partie de son identité. A travers le saccage de Bouchu d’Esterno, c’est cette identité et cette histoire que les autorités municipales de Dijon semblent renier. C’est pourtant cette histoire prestigieuse qui attire et déplace les touristes. La gastronomie et le vin (que ce soit au travers de la CIGV ou de l’OIV) ne sont que des composantes infimes de cette histoire prestigieuse.

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